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LA RÉMUNÉRATION DES PDG ÉCHAPPE-T-ELLE À TOUT CONTRÔLE ?

Les résultats de la dernière enquête Executive Horizons révèlent que vous êtes 56,5 % à juger la rémunération de votre PDG excessive. Si débats et dénonciations des salaires injustifiés de certains dirigeants continuent de défrayer la chronique, la question n’est-elle pas plus complexe que beaucoup le laissent penser ?

 

La rémunération des dirigeants sous le feu de la critique

L’écart de rémunération entre dirigeants et employés n’a jamais été aussi important, le salaire des PDG étant aujourd’hui environ 300 fois plus élevé que le salaire médian de leurs collaborateurs. Cette différence dépasse largement ce que la plupart des individus à travers le monde estiment être un écart « juste », c’est-à-dire 4,6 fois plus élevé. Elle est également nettement plus importante que ce que l’on imagine habituellement. Interrogés sur ce point, les personnes sondées estiment que le salaire des dirigeants est 10 fois plus élevé. Alors que les inégalités au niveau mondial soulèvent de plus en plus de questions, il est probable que les rémunérations des hauts dirigeants continuent d’alimenter les critiques pendant un long moment

 

Les PDG compétents sont des talents rares

Toutefois, plafonner le salaire des hauts dirigeants ne semble ni la méthode la plus juste, ni la plus judicieuse d’un point de vue économique pour résorber les inégalités. Car le rôle que joue chaque PDG à titre individuel dans la rentabilité de son entreprise justifie sa rémunération. Au regard de la pénurie de profils dotés des compétences stratégiques et de leadership requises pour diriger les entreprises les plus performantes, il semble clair que la demande dépasse l’offre. Aussi une solide motivation financière s’avère-t-elle indispensable pour attirer ces talents rares et très courtisés. Dans un contexte économique international toujours plus complexe, les PDG qui savent tirer leur entreprise dans la bonne direction, pérenniser leur croissance, créer de l’emploi et produire de la valeur doivent être récompensés et rétribués en conséquence.

 

Un système d’évaluation plus large et davantage de transparence

En août 2015, les commissaires de la SEC (Securities and Exchange Commission ) aux États-Unis ont voté en faveur d’une obligation pour les entreprises cotées en bourse de déclarer le ratio entre la rémunération annuelle totale de leur PDG et le revenu médian de leurs employés. Une réponse au grand public qui réclame plus de transparence, estimant que si les PDG doivent être récompensés pour leurs bons résultats, ils doivent également rendre compte de leurs échecs. Mais quelle est la meilleure manière d’y parvenir ? Beaucoup estiment nécessaire d’établir un lien plus direct entre la rémunération du PDG et la santé de leur entreprise. Graham Kenny (Harvard Business Review) exhorte ainsi les conseils d’administration à imaginer et déployer un « système (plus large) de mesures qui reflètent globalement les besoins de toutes les parties prenantes, et pas uniquement des investisseurs » et qui tienne compte à la fois des performances à court et  à long termes.

 

La tendance actuelle à demander des comptes sur la rémunération des PDG trouve ses racines dans une gouvernance qui se limite au court terme . Si les conseils d’administration n’adoptent pas une vision plus globale de la mesure de la performance – évaluant les résultats actuels et futurs – on continuera à leur reprocher de manquer de fermeté et d’exploiter les employés. Et les salaires des dirigeants continueront de grimper en flèche. » –​ Graham Kenny 

 

Sources: “How to Justify a Breathtaking CEO Pay Ratio,” by Theodore Kinni, Strategy + Business, 22 December 2015); “CEOs Get Paid Too Much”, by Gretchen Gavett (HBR Video, 7 October 2015). “How Boards Can Rein in CEO Pay,” by Graham Kenny (Harvard Business Review, 1 December 2014).